Les Batwa du Burundi : une communauté misérable oubliée

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Le pouvoir du CNDD-FDD, malgré son combat idéologique contre les opprimés qu’il chantait dans le maquis, n’a fait qu’aggraver la situation de ces personnes. La défense (déclarée) des principes démocratiques est devenue une véritable démagogie pour tenter de cacher sa volonté manifeste d’utiliser la démocratie pour détruire la démocratie. Au moment où la communauté nationale et internationale avait espéré que le pouvoir du CNDD-FDD et du Président Pierre Nkurunziza était venu mettre fin aux injustices et aux oppressions, le constat est amer. Le peuple burundais en général et les catégories de personnes longtemps opprimées au Burundi souffrent plus que jamais dans un contexte où les ténors de ce pouvoir s’enrichissent et se la coulent douce dans leurs villas déclarant à tout vent que « la paix est totale » !
La promotion des groupes de personnes vulnérables et marginalisés est effectivement un indice de gouvernance démocratique des Etats. Au Burundi, la situation de ces groupes de personnes est catastrophique et mérite de s’y appesantir. Aujourd’hui, les enfants de la rue et les femmes mendiantes grouillent dans les centres urbains, au moment où le pouvoir fait tout pour les chasser, sans aucune alternative pour les assister.
Les Batwa constituent notamment une composante sociale la plus misérable et la plus oubliée. Ils vivent dans des conditions les plus déplorables dans des sites isolés et éparpillés dans plusieurs coins du pays. Leurs habitats, leurs habillements malpropres, leur misère et leur style de vie les distinguent de la majeure partie du reste de la population burundaise. Au moment où les autres burundais vivent principalement de l’agriculture, les Batwa manquent cruellement de terres cultivables. Ils essaient de vivre encore de la forge, du tissage des nattes et de la poterie alors que ce métier est dépassé. Les pots fabriqués en argile n’ont plus de marché suite à l’émergence des ustensiles de cuisine modernes.
Nous avons visité plusieurs sites de Batwa dans au moins 7 provinces du pays : Mairie de Bujumbura, Gitega, Bururi, Mwaro, Kirundo, Cibitoke et Cankuzo. Le constat est amer car cette population estimée à au moins 1% de la population totale, souffre plus que le reste de la population burundaise, de tous les maux. En arrivant sur le lieu, vous êtes frappé par une misère physiquement manifeste : l’habillement en haillons, des habitations de fortune pitoyables, une saleté épouvantable et des pots en argile entassés sans clientèle. « Nous sommes obligés de
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continuer à les fabriquer juste pour ne pas perdre le métier et pour avoir une occupation », nous lance une femme en action.
Les Batwa ont toujours été des laissés pour compte. Ils sont incapables de faire face aux défis actuels du monde en perpétuel changement. Les problèmes qu’ils rencontrent trouvent leur origine dans l’effondrement de leur mode de subsistance. En effet, ils étaient considérés de par le passé comme un peuple de la forêt, primitif et infrahumain. Cette caricature leur a privé l’accès à un certain nombre d’avantages comme les allocations qui leur permettraient de s’assurer d’ une meilleure santé, de faire face aux frais inhérent à l’éducation de leurs enfants ou encore de leur faciliter l’accès à d’autres avantages sociopolitiques.
Ce rapport spécial de FORSC fait le point sur la vie socio-économique et politique des Batwa. Il aborde les sujets en rapport avec l’intégration socio-économique et politique, la scolarité des enfants, l’alimentation, la santé et l’habitat pitoyable des Batwa du Burundi. Une lueur d’espoir pointe néanmoins à l’horizon.
Marginalisés et discriminés par les autres composantes sociales à savoir les Bahutu et les Batutsi, les Batwa ont fini par une auto discrimination et la majorité est résignée face à la situation. Aucun effort pour pouvoir s’en sortir. Entretemps, les pouvoirs politiques qui se sont succédé au Burundi sont restés indifférents au sort des Batwa, développant volontairement ou involontairement des préjugés et stéréotypes sur cette catégorie de personnes très vulnérables.
En effet, des autorités n’ont cessé de déclarer, pour justifier leur inaction, que les Batwa ne veulent pas abandonner leur façon de vivre comme si leur misère était une fatalité. Interrogé sur la situation des Batwa de sa commune, un administrateur communal nous a indiqué que les Batwa constituent une communauté qui est difficile à transformer. Pour lui, les Batwa ne veulent pas se développer. « Lorsque vous leur donnez des tôles, ils les vendent au lieu de les mettre sur leurs maisons. » Il affirme que « les enfants Batwa refusent d’aller à l’école parce qu’ils suivent le modèle de leurs parents et de leurs voisins qui se moquent de l’école et du développement car campés sur leur vieille culture ». Pour lui « Abatwa ni abatwa nyene» un langage burundais simplifié pour renforcer son dénigrement et son mépris envers cette couche de la population.
Au lieu d’organiser un vaste mouvement de réhabilitation et d’intégration sociale de leur communauté, des Batwa qui ont eu la chance d’étudier et qui occupent des postes importants de l’Etat s’apitoient sur le sort de leurs camarades.
L’habitat des Batwa du Burundi laisse entrevoir la qualité des hommes et femmes qui nous gouvernent. C’est indigne de voir des êtres humains vivre dans la déchéance humaine au vu et au su des pouvoirs publics censés être élus pour le bien de son peuple », déclare un militant de droits de l’homme contacté.
Des huttes faites de branchage et couvertes d’herbes font la pitié des cœurs sensibles, ce qui a réveillé l’initiative de Madame Marione, une bienfaitrice d’origine suédoise qui a construit des maisons modernes à 182 ménages de la commune Bururi.
Malheureusement, les pouvoirs publics n’ont pas accompagné cette initiative pour distribuer des terres cultivables dont manque cruellement la communauté Batwa du Burundi.
En conclusion, le FORSC constate que les Batwa du Burundi vivent dans des conditions les plus déplorables dans des sites isolés, des habitations de fortune pitoyables. Sans terres cultivables, ils tentent les plus vieux métiers qui ne rapportent plus rien.Les pots en argile n’ont plus de marché suite à l’émergence des ustensiles de cuisine modernes. Certains essaient de vivre difficilement avec les métiers de tissage des nattes et de la forge, des métiers qui rapportent très peu pour les familles.
Le taux de scolarisation des enfants Batwa est encore très bas car beaucoup d’enfants Batwa abandonnent l’école par manque de nourriture, de matériels scolaires, d’habits, des contributions financières exigées mais aussi et surtout pour cause de rejet, de stigmatisation et de discrimination sociale.Sans assistance médicale et suite aux mariages consanguins, la mortalité infantile y est très élevée. Les hommes et les femmes usent encore du fétichisme comme moyens de se protéger contre les maladies. Ils disent ne pas être à mesure de payer les frais médicaux et meurent dans leurs maisons suite à de longues maladies non soignées.

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