La situation des Droits de l’Homme au Burundi

Spread the love
Le présent rapport porte sur la situation des droits de la personne humaine au Burundi au cours de la période de
Janvier à Mars 2026. Il est le fruit des contributions de 15 organisations burundaises de la société civile
impliquées dans le suivi et la documentation des violations dans des domaines variés en rapport avec leurs
missions et objectifs spécifiques.
Il s’agit des organisations

  1. ACAT-Burundi,
  2. APRODH,
  3. CAVIB,
  4. CB-CPI,
  5. CBDDH,
  6. CDH-VICAR,
  7. CREDEJ,
  8. ESDDH,
  9. FOCODE,
  10. FORSC,
  11. « Media Group » (Inzamba, Renaissance, Humura)
  12. Mouvement INAMAHORO,
  13. MFFPS.
  14. LIGUE ITEKA et
  15. Light for All

Ces organisations œuvrent à la protection des droits humains, notamment contre la torture et les mauvais
traitements, les atteintes aux droits des prisonniers, l’impunité et les crimes internationaux (crimes contre
l’humanité, génocide, crimes de guerre), ainsi que les enlèvements et disparitions forcées. Elles défendent aussi
les droits des défenseurs des droits humains, le droit à l’éducation, les libertés publiques (dont la liberté
d’expression), les droits des femmes et des réfugiés, tout en promouvant la justice transitionnelle.
Leur objectif est d’interpeller le Gouvernement du Burundi afin qu’il mette un terme aux violations des droits
humains constatées et rapportées, conformément à ses engagements constitutionnels, régionaux et internationaux
en matière de protection et de promotion des droits humains.
Cette démarche vise également à mobiliser l’opinion nationale ainsi que les partenaires régionaux et
internationaux du Gouvernement, en les invitant à user de leur influence pour encourager l’État burundais à
coopérer pleinement avec les mécanismes internationaux de protection des droits humains, — au bénéfice des
victimes de violations — régulièrement dénoncées par les organisations nationales et internationales.
Au cours de la période sous revue, les faits qui ont principalement marqué le contexte politique, économique et
régional sont les suivants :
• Sur le plan politique, la situation s’est caractérisée par une controverse entre le discours officiel sur les
progrès démocratiques et le constat persistant de rétrécissement de l’espace civique, d’atteintes à la
liberté d’expression par des voix critiques qui dénoncent les fragilités de l’État de droit.
• Sur le plan économique, la situation se caractérise toujours par diverses pénuries de produits essentiels,
la hausse du coût de la vie et le chômage qui accentuent la vulnérabilité des ménages à l’origine des
désertions massives des enseignants notamment, dont souffre gravement le secteur éducatif.
• Sur le plan régional, de nombreux défis sécuritaires et diplomatiques persistent. Malgré la réouverture
de la frontière du Burundi avec la RDC, l’armée burundaise continue d’appuyer les FARDC pour tenter
de neutraliser le M23 dans les hauts plateaux de Minembwe tandis que les réfugiés burundais se trouvant
en Tanzanie restent contraints au rapatriement forcé en violation du principe universel de non
refoulement.
Concernant les violations des droits humains, les thématiques abordées portent sur les aspects suivants :
1. Les atteintes au droit à la vie : Au cours de la période sous revue, de nombreux cas d’atteinte au droit
à la vie ont été observés comme lors des périodes antérieures. A part des morts et des blessés à la prison
centrale de Mpimba, occasionnés par une explosion accidentelle des munitions dans un camp militaire
qui ne devait pas être installé dans un quartier résidentiel, certaines victimes ont été tuées par des
personnes connues dans le voisinage dont des policiers et des miliciens imbonerakure tandis que d’autres
victimes sont tuées par des criminels non identifiés. Les auteurs connus de ces violations sont
généralement arrêtés et poursuivis en justice, mais d’autres restent impunis ou prennent fuite après le
forfait pour échapper à la justice.

2. La torture et traitements cruels, inhumains et dégradants : Au cours de la période examinée, des actes
de torture et des traitements cruels, inhumains ou dégradants ont été constatés. Ils sont principalement
commis par des policiers et des Imbonerakure, lesquels demeurent impunis malgré la loi n°1/27 du 29
décembre 2017 réprimant ces actes. Des cas illustrent cette situation, notamment des victimes gravement
maltraitées, blessées et agressées dans différentes communes et provinces.

3. Les arrestations et détentions arbitraires : Au cours de la période sous revue, deux cas emblématiques
sont retenus, illustrant le phénomène récurrent de détentions arbitraires et prolongées en violation des
règles de procédure pénale. L’une des conséquences observées en février 2026 est le cas de 179
personnes détenues dans un cachot communal dans un espace insuffisant, ce qui détériore gravement les
conditions de détention. Un troisième cas emblématique évoqué, qui risque de tomber dans l’oubli,
comme de nombreux cas similaires, est celui du détenu, Dushimagize Dieudonné, alias Gangi, colonel
de l’armée burundaise, qui a purgé sa peine en 2021 mais qui reste toujours en détention, 5 ans après.

4. La surpopulation carcérale : Au cours de la période sous revue, les taux de surpopulation trimestriels
les plus élevés sont toujours observés dans les prisons de Muramvya ( 1009 % contre 559% le trimestre
précédent), Mpimba ( 521,7 % contre 516% le trimestre précédent), Ngozi hommes ( 442,2 % contre 445%
le trimestre précédent ) Gitega ( 348,3% contre 330,7% le trimestre précédent). En transformant des
infrastructures vétustes en foyers de tension, cette pression démographique constante fragilise les droits
humains et rend illusoire toute mission de réinsertion et compromet gravement les conditions de
détention notamment par des ruptures des stocks alimentaires.

5. Enlèvements et disparitions forcées : Les cas d’enlèvement observés au cours de la période sous revue
révèlent l’implication des agents de l’État, des Imbonerakure ou des inconnus agissant avec leur
complicité, suivis de disparitions forcées, voire d’exécutions extrajudiciaires. Ces méthodes visent à
réduire au silence toute personne perçue comme une menace, tout en instaurant un climat généralisé de
peur au sein de la population. Des véhicules non identifiés utilisés, l’absence d’informations sur les lieux
de détention, ainsi que les menaces proférées à l’encontre des familles des victimes illustrent une volonté
manifeste d’échapper à toute forme de responsabilité et de contrôle. Cette pratique marque un tournant
particulièrement alarmant dans la gestion sécuritaire du pays, où la disparition devient un outil de
répression.

6. Les atteintes au droit à la liberté d’association, de réunion et d’expression. Au cours de la période sous
revue, des cas emblématiques d’incidents en rapport avec le rétrécissement de l’espace démocratique
ont été observés à travers des atteintes à la liberté de la presse et des entraves au travail des journalistes
principalement. Les cas d’arrestations, d’intimidations et de restrictions d’accès à l’information
témoignent d’un environnement de plus en plus contraint pour les acteurs médiatiques et de la société
civile.

7. Violences basées sur le genre : Au cours de la période sous revue, 11 cas de viols, agressions ou
harcèlements sexuels ont été observés. Les auteurs de ces violences sexuelles sont des personnes du
voisinage des victimes parmi lesquelles figurent des mineures de moins de 10 ans. Des cas de viols suivis
d’assassinat des victimes sont relevés également. Il importe de souligner que les auteurs identifiés sont
généralement appréhendés et poursuivis en justice à la satisfaction des parents et des proches des
victimes. Concernant les violences conjugales et domestiques, les cas relevés font ressortir des conflits
résultant des maris qui soupçonnent leurs épouses d’infidélité ou de relations extra-conjugales. Les
victimes font l’objet de coups et blessures y compris des brulures.

8. Les atteintes au droit à l’éducation : Au cours du premier trimestre de l’année 2026, le secteur de
l’éducation reste marqué par le phénomène des désertions des enseignants comme pendant le trimestre
précédent. Le faible niveau des salaires, jugé insuffisant pour couvrir les besoins de base, régulièrement
avancé par les enseignants, en est la cause principale. Le rêve de ces enseignants qui désertent est de
rejoindre les Émirats arabes unis, notamment Dubaï, où ils exercent des métiers pénibles tels que la
maçonnerie ou d’autres tâches que les ressortissants locaux refusent d’accomplir. Un autre phénomène
déplorable dans le secteur éducatif est celui des abandons scolaires suite aux grossesses non désirées ou
à la déliquescence du système éducatif.

9. La situation des réfugiés : Le premier trimestre 2026 a été marqué par une pression croissante sur les
réfugiés burundais en Tanzanie pour les contraindre au rapatriement. Il importe de rappeler qu’en
décembre 2025, les autorités tanzaniennes avaient détruit quasiment tous les abris dans la zone 13 du
camp de Nyarugusu, laissant des milliers de réfugiés exposés aux intempéries, au froid et aux maladies
sans relogement d’urgence ni assistance adéquate. En mars 2026, les autorités tanzaniennes ont annoncé
la fermeture du camp de Nduta, pour accélérer le processus des rapatriements forcés, en violation du
principe de non-refoulement. Des réfugiés burundais ont par la suite fait l’objet d’arrestations et
détentions arbitraires et ont subi des actes de torture parce qu’ils s’opposaient à ces rapatriements forcés.

Concernant les réfugiés congolais installés au Burundi, un programme de leur rapatriement a été lancé
en mars 2026 par le Gouvernement du Burundi, la RD Congo et le HCR. Le processus est coordonné
par le HCR en collaboration avec l’Office national de protection des réfugiés et apatrides (ONPRA),
chargé de la gestion technique de l’opération.

10. Justice transitionnelle : La Commission Vérité et Réconciliation suscite toujours des inquiétudes sur sa
mission d’établir la vérité sur le passé douloureux et de réconcilier le peuple burundais, en raison de
ses enquêtes sélectives et des rapports perçus comme divisionnistes. C’est ainsi qu’en février 2026, le
président de la CVR, accompagné de ses deux vice-présidents, a remis le rapport annuel 2024-2025,
focalisé spécifiquement sur les victimes hutu des massacres de 1972, qualifiés de Génocide par la CVR
alors que cela relève normalement des juridictions internationales. Une autre préoccupation au sujet de
la CVR porte sur la gestion des terres dites litigieuses liées aux crises du passé où la CVR tend à se
substituer à la Justice en violation flagrante de la constitution.

Concernant la tendance globale des droits humains au premier trimestre 2026, au moins 111 personnes ont été
tuées dont 60 corps retrouvés, (soit 69,1% des violations). Parmi les victimes figurent 86 hommes et 25 femmes.
Les victimes de violences basées sur le genre sont au nombre de 40 (soit 21,9% des violations) dont 30 cas de
violences sexuelles commises sur des mineurs.

D’autres statistiques incluent 8 personnes victimes de traitements cruels, inhumains ou dégradants, 14 personnes
enlevées ou portées disparues, ainsi que 9 arrêtées de manière arbitraire. La répartition des types de violations et
des victimes, par zone géographique, figure dans le Tableau 1 et le graphique 1, ci-dessous.

Télécharger le Rapport Trimestriel_Janvier_Mars_2026 ici

,