Burunga : Crise foncière et soupçons d’exploitations minières illégales sous haute garde militaire

Spread the love

Dans la nouvelle province de Burunga, l’inquiétude grandit au sein des populations locales. Les habitants des communes de Rumonge, Muhuta, Matana et Makamba dénoncent une série d’expropriations foncières opaques et forcées, menées au profit d’activités d’extraction minière. Ces opérations, conduites sans concertation préalable ni indemnisation des propriétaires légitimes, se déroulent sous la surveillance stricte et permanente de militaires en uniforme de la Force de Défense Nationale du Burundi (FDNB).

Selon de multiples témoignages concordants recueillis sur place ainsi que des sources internes à l’institution militaire, d’importants contingents de l’armée burundaise sont déployés autour des principaux sites d’extraction d’or de la région, notamment à Gisenyi, Maramvya et Ruteme, dans les zones de Burambi et Bugarama. Chargés de sécuriser des opérations extractives qui s’opèrent de jour comme de nuit, ces soldats encadrent des équipes de civils et des groupes d’orpailleurs. Ces derniers exploitent intensivement les gisements aurifères avant que le minerai brut ne soit acheminé vers la localité de Mutambara, où une usine de traitement des minerais est actuellement en cours de construction.

Face à ce déploiement de force, les populations dénoncent une stratégie d’intimidation délibérée visant à étouffer toute contestation ou réclamation légitime liée aux préjudices environnementaux et matériels subis. Plusieurs propriétaires fonciers interrogés expriment leur indignation face à ces méthodes coercitives, soulignant que des militaires lourdement armés campent sur leurs propriétés privées pour protéger des activités civiles, alors même qu’aucun contrat ni accord de cession n’a été signé. Le malaise est d’autant plus profond que ces activités semblent s’affranchir totalement du cadre légal en vigueur : des sources proches du ministère de l’Énergie et des Mines ont indiqué que ces exploitations ne sont pas répertoriées par les services compétents de l’État. Ce modus operandi suspect ne se limite d’ailleurs pas aux seuls sites aurifères ; dans la zone de Butare, située en commune de Makamba, des opérations similaires d’extraction de minerai de fer sont rapportées, soumettant les riverains aux mêmes pressions pour les contraindre au silence.

Sur le plan réglementaire, la législation minière burundaise impose pourtant à tout opérateur l’obtention d’une autorisation préalable délivrée par l’Office Burundais des Mines et Carrières (OBM), ainsi que le respect strict d’obligations environnementales, incluant la réhabilitation des sites après exploitation et la protection des intérêts des communautés riveraines. Or, sur le terrain, aucune de ces garanties n’est respectée. Les volumes de minerais extraits demeurent secrets et leur destination finale inconnue, alimentant un climat d’opacité totale et de vive inquiétude quant à la gouvernance des ressources naturelles du pays.

L’implication présumée de la haute hiérarchie militaire cristallise les tensions et suscite de graves interrogations sur l’identité des réels bénéficiaires de ces richesses. De nombreux témoins rapportent des passages réguliers de hauts responsables de l’armée à proximité des chantiers. Des sources locales précisent que les forces déployées agiraient comme des émissaires directs du chef d’état-major général de la FDNB, le Général Prime Niyongabo. Face à cette situation d’exception, l’OBM — pourtant l’autorité de régulation exclusive — se retrouve dans l’incapacité d’accéder aux sites pour exercer ses contrôles légaux et se mure, pour l’heure, dans un silence prudent. Devant la faillite manifeste des autorités administratives locales, dont le mutisme est vivement critiqué, les populations spoliées lancent un appel pressant au gouvernement central pour qu’il sorte de sa réserve, fasse respecter l’État de droit et protège les droits fondamentaux des communautés locales.