Rapport conjoint de la société civile burundaise au terme des 100 jours du régime du président Evariste Ndayishimiye.

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Depuis une période de cent jours, le Burundi est dirigé par de nouvelles institutions issues d’élections générales débutées le 20 mai 2020 par un triple scrutin présidentiel, législatif et communal où le parti CNDD-FDD au pouvoir depuis 2005 est sorti largement vainqueur, bien que ce scrutin et d’autres organisés par la suite aient été émaillés de beaucoup d’irrégularités électorales ayant entaché le processus électoral dans son ensemble et mis des doutes quant à la crédibilité des résultats proclamés d’abord comme un « draft » par la CENI, puis validés comme tels par la Cour constitutionnelle.

Ces irrégularités ont été dénoncées notamment par les partis politiques de l’opposition et les organisations de la société civile burundaise ainsi que l’Eglise catholique. De plus, suite à la mort soudaine du président Pierre Nkurunziza intervenue avant la fin de son 3ème mandat obtenu sur fond de violences liées à la violation de l’Accord d’Arusha et de la Constitution qui en était issue, le président nouvellement élu a été confirmé par l’arrêt de la Cour constitutionnelle du Burundi pour passer à la prestation de serment anticipée. Ainsi, le nouveau président, le Général Major Evariste Ndayishimiye, a été investi à la présidence de la République pour un mandat de 7 ans le 18 juin 2020 dans un contexte général de méfiance politique.

Malgré le contexte général dans lequel le processus électoral s’est déroulé, ce changement de visage à la tête du pays avait nourri des espoirs chez beaucoup de burundais qui avaient misé sur la capacité du nouveau président de pouvoir sortir finalement le Burundi de la crise sociopolitique et économique engendrée par l’entêtement de son prédécesseur à s’éterniser au pouvoir, en résistant notamment à l’influence du cercle de généraux influents qui entouraient le président sortant. Cependant, la déception n’a pas tardé.

En effet, quelques jours seulement après son investiture, le président Ndayishimiye a clairement montré sa volonté politique de marcher dans le sillage de son prédécesseur feu Pierre Nkurunziza en renforçant le cercle de généraux influents sur l’échiquier politico-militaire qu’il a nommés à de plus hautes fonctions du pays, notamment le poste de premier ministre pour le Commissaire de Police Général Alain-Guillaume Bunyoni qui est pourtant sous le coup de sanctions internationales de même que le poste de ministre de l’intérieur, du développement communautaire et de la sécurité publique pour le Commissaire de Police Chef Gervais Ndirakobuca alias Ndakugarika. Par voie de conséquence, les violations des droits humains au Burundi se traduisant notamment par des meurtres et assassinats, des disparitions forcées, des viols et violences sexuelles, des arrestations arbitraires ont atteint de proportions alarmantes durant cette période des cent (100) jours de règne de Ndayishimiye.

Ainsi, au terme des 100 premiers jours de son régime, le constat général dans tous les domaines de la vie nationale est préoccupant, notamment dans le domaine du respect des droits et libertés garantis par la Constitution du Burundi. Ainsi, jusqu’au 25 septembre 2020, les organisations de la société civile burundaise auteures de rapport conjoint ont documenté 202 personnes tuées, 22 personnes enlevées, 28 victimes de violences sexuelles et basées sur le genre, 44 personnes torturées et 302 personnes arrêtées arbitrairement.

En définitive, l’Etat de droit, la voie de la démocratie et le pluralisme politique, l’espace civique, la cohabitation et la coexistence pacifique des Burundais, l’essor économique, la reprise des relations normales avec la communauté internationale, la survie politique et physique des minorités, le respect des droits et libertés, tels sont les grands défis qui caractérisent la vie sociale, politique et économique des 100 jours du régime de M. Evariste NDAYISHIMIYE. Le fait d’occulter ces défis ne servira jamais aux dirigeants actuels d’exercer pleinement et légitimement le pouvoir dont ils se réclament.

Il s’avère donc urgent que les partenaires du Burundi continuent à user de leur influence pour contraindre le Gouvernement du Burundi à s’engager dans un dialogue franc avec toutes les parties prenantes pour s’accorder ensemble sur les conditions de retour à la paix, à la stabilité et à l’Etat de droit au Burundi.

Face à tout ce qui précède, les Organisations de la société civile burundaise auteures de ce rapport conjoint formulent les recommandations ci-après :

Au Gouvernement du Burundi de :

 Libérer tous les prisonniers politiques et d’opinion sans conditions ;

 Accepter de négocier sans préconditions avec les opposants dans l’intérêt d’un meilleur avenir commun de tous les Burundais ;

 Cesser toutes les formes de persécution à l’encontre des opposants ou d’autres citoyens présumés comme tels ;

 Faire cesser les intimidations orchestrées par les Imbonerakure à l’endroit de la population et plus particulièrement à l’endroit des membres du parti CNL.

A l’Union Africaine et aux Nations-Unies de :

 Mettre en œuvre la responsabilité de protéger en faveur du peuple burundais victime de répression et d’atrocités de masse ;

 Instaurer un cadre permanent de monitoring des violations des droits humains sur le Burundi et soutenir tous les mécanismes internationaux mandatés à cet effet ;

 Soutenir la Cour Pénale Internationale dans son travail d’enquête et de poursuite des auteurs de crimes pour contribuer à mettre fin à l’impunité au Burundi ;

 En collaboration avec les pays de l’EAC, prendre des sanctions économiques ainsi que des sanctions individuelles à l’endroit des autorités burundaises afin d’amener le régime à accepter de négocier sans condition préalable ;

 Amener le régime en place à démanteler la milice Imbonerakure et enquêter sur les crimes commis par cette dernière et de traduire les responsables devant la justice.

Au Peuple Burundais de :

 Ne pas céder à la terreur érigée en mode de gouvernance et de continuer à témoigner et dénoncer, par tous les moyens, les dérapages commis par le régime en place ;

 Garder la cohésion et de ne pas céder aux manœuvres divisionnistes et aux discours de haine et d’aversion ethnique du pouvoir et de ses acolytes.

A la société civile burundaise de :

Amplifier ses actions de monitoring et de plaidoyer vis-à-vis des partenaires du Burundi afin d’amener le président Ndayishimiye et son gouvernement à respecter les engagements internationaux de l’Etat du Burundi en matière des droits et libertés de la personne humaine.

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