DIPLOMATIE : RÉVÉRIEN NDIKURIYO DÉFIE KIGALI ET ANNONCE SON DÉPLACEMENT AU RWANDA
Les relations Burundi-Rwanda à nouveau au cœur d’une vive polémique. Lors d’une conférence de presse tenue ce samedi 22 août 2026, le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, a livré une réponse particulièrement musclée à une journaliste qui l’interrogeait sur l’état des relations diplomatiques entre Bujumbura et Kigali.
« Demandez à Nduhungirehe où est le problème »
La question portait sur les relations, actuellement tendues, entre le Burundi et le Rwanda.
Révérien Ndikuriyo a expliqué, en substance, que si la journaliste voulait connaître la position de Kigali, elle pouvait s’adresser au ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, afin de lui demander directement où se situe le problème dans les relations entre les deux pays. Il lui a aussi promis d’assurer son déplacement, une fois l’odience accordé, à bord d’un Jet privé qu’il a loué lors de son déplacement.
Mais la suite de son intervention a rapidement pris une tournure beaucoup plus politique et sécuritaire.
« Je vais aller à Kigali, est-ce que j’en ai peur ? »
Révérien Ndikuriyo a confirmé qu’il doit se rendre à Kigali à l’occasion d’un match auquel participera sin équipe Aigle Noir.
Il a expliqué que ce déplacement n’a rien d’extraordinaire pour lui : il veut simplement assister au match, se divertir et surtout se réjouir d’une éventuelle victoire de son équipe.
« À Kigali, vous pensez que j’ai peur ? Beaucoup demandent : est-ce qu’il va vraiment y aller ? », a-t-il lancé, sur un ton de défi.
Il a même indiqué qu’avant de prendre l’avion, il pourrait contacter les responsables du Front patriotique rwandais (FPR), au pouvoir au Rwanda, et s’est dit convaincu qu’un dispositif d’accueil pourrait être mis en place à son arrivée à l’aéroport de Kigali.
Selon lui, la seule chose susceptible de modifier son déplacement serait son programme de travail.
Frontière fermée : le Burundi invoque la sécurité
Le secrétaire général du CNDD-FDD a également défendu la fermeture de la frontière terrestre entre le Burundi et le Rwanda.
Il affirme que cette décision est liée à des préoccupations sécuritaires et à la présence présumée d’éléments qui, selon lui, pourraient utiliser le territoire rwandais pour préparer ou mener des attaques contre le Burundi.
Ndikuriyo a rejeté l’idée que cette fermeture puisse être interprétée comme un signe de faiblesse ou de peur de la part du Burundi.
Il a également tourné en dérision ceux qui pensent pouvoir contourner les restrictions en passant par d’autres voies pour atteindre Bujumbura.
Des Burundais arrêtés ou portés disparus après leur passage par Kigali
Cette question de sécurité prend une dimension supplémentaire avec les interrogations soulevées par plusieurs cas concernant des Burundais en provenance de Kigali.
Selon des informations et témoignages, plusieurs Burundais ayant séjourné ou transité par Kigali auraient été arrêtés, emprisonnés ou, dans certains cas, victimes d’enlèvements.
Ces situations suscitent des interrogations, notamment sur les conditions dans lesquelles certains ressortissants burundais sont interpellés après leur passage au Rwanda, ainsi que sur leur sort et les motifs de leur arrestation.
Ces cas, lorsqu’ils sont documentés individuellement, constituent un autre élément du climat de méfiance qui s’est installé entre les deux pays.
2015 : Ndikuriyo refuse de tourner la page
Dans son intervention, Révérien Ndikuriyo est également revenu sur la crise politique de 2015.
Il affirme que certaines personnes qui avaient voulu renverser le pouvoir à cette époque doivent être considérées comme des adversaires du CNDD-FDD.
Selon lui, ceux qui disaient vouloir renverser le président Pierre Nkurunziza visaient en réalité le système politique incarné par le CNDD-FDD.
Il établit ainsi un parallèle entre Nkurunziza et l’actuel président Évariste Ndayishimiye : s’en prendre à l’un ou à l’autre reviendrait, selon lui, à s’en prendre au parti CNDD-FDD.
« Si tu veux renverser le CNDD-FDD, nous continuons à te poursuivre », a-t-il déclaré.
Le général Godefroid Niyombare toujours dans le viseur
L’un des passages les plus controversés concerne l’ancien chef d’état-major de l’armée burundaise, le général Godefroid Niyombare, et les personnes qui l’accompagnaient.
Révérien Ndikuriyo a affirmé que ces anciens opposants resteraient recherchés jusqu’à leur mort.
Il a tenu des propos particulièrement durs sur leurs dépouilles et leurs tombes :
«« Ceux-là resteront toujours sur la liste noire jusqu’à leur mort. Même leurs tombes, nous les ramènerons et nous les jugerons. »»
Il a poursuivi en évoquant même l’hypothèse d’un changement de pouvoir au Rwanda.
Selon lui, si le pouvoir changeait à Kigali, le Burundi demanderait où seraient enterrés certains de ses adversaires et chercherait à récupérer leurs restes.
«« Si le pouvoir changeait au Rwanda, nous demanderons où ils ont enterré leurs ossements. Les ossements seront ramenés dans des cercueils et jugés. »»
Des propos qui ont immédiatement retenu l’attention, compte tenu de leur caractère particulièrement radical.
« Le pouvoir appartient au peuple »
Pour défendre cette position, Révérien Ndikuriyo affirme que le pouvoir politique appartient aux citoyens et que ceux qui cherchent à le renverser doivent, selon lui, renoncer à leurs ambitions.
Il considère ainsi que les personnes ayant tenté de faire tomber le CNDD-FDD en 2015 ne peuvent pas simplement échapper aux conséquences de leurs actes en quittant le Burundi.
Une visite sportive au milieu d’une crise diplomatique
L’annonce de la présence de Révérien Ndikuriyo à Kigali prend une dimension particulière dans le contexte actuel.
Alors que la frontière terrestre reste fermée, que les accusations sécuritaires persistent et que des interrogations entourent le sort de certains Burundais ayant séjourné au Rwanda, le secrétaire général du parti au pouvoir affirme ne ressentir aucune peur à l’idée de se rendre dans la capitale rwandaise.
Son objectif déclaré est pourtant simple : assister au match de l’Aigle Noir, se divertir et célébrer la victoire de son équipe.
Mais dans le contexte actuel, son déplacement ne manquera certainement pas d’être observé de près.
Kigali-Bujumbura : le football peut-il devenir une parenthèse dans une relation diplomatique sous tension ?
C’est désormais l’une des grandes interrogations que soulève cette sortie publique de Révérien Ndikuriyo.
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