BURUNGA/SANTE : entre risque d’Ebola, circulation sur le Lac Tanganyika et pénurie d’eau, les autorités sanitaires tirent une sonnette d’alarme
La progression signalée de la maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo fait craindre une contamination au Burundi. À Burunga, les autorités sanitaires demandent un renforcement urgent du contrôle des voyageurs, tandis que des pêcheurs de Nyanza affirment ne disposer ni d’informations suffisantes ni de dispositifs sanitaires adaptés à leurs déplacements entre les deux rives du lac Tanganyika. Les professionnels de santé alertent également sur l’insuffisance du seul centre de Mudubugu, jugé trop éloigné des zones considérées comme les plus exposées.
Un seul centre jugé insuffisant face au risque
Pour les professionnels de santé de Burunga, l’un des principaux points de préoccupation concerne la capacité du dispositif prévu pour accueillir d’éventuels cas de maladie à virus Ebola.
Le seul centre identifié à Mudubugu , dans la province Bujumbura, pour accueillir les personnes qui seraient contaminées est considéré comme insuffisant et relativement éloigné des principaux points à haut risque, notamment des zones frontalières et des localités riveraines du lac Tanganyika.
Le médecin Jérôme Niyongabo, responsable du département de la santé dans la province de Burunga, estime que cette situation mérite une attention particulière. En cas de suspicion ou de confirmation d’un cas dans une zone éloignée de Mudubugu, le transfert du patient pourrait poser des difficultés logistiques et sanitaires.
Les professionnels de santé plaident ainsi pour la mise en place de moyens supplémentaires et de dispositifs de prise en charge plus proches des zones exposées, afin de réduire les délais entre la détection d’un cas suspect, son isolement et son orientation vers une structure adaptée.
Cette préoccupation est d’autant plus importante que les mouvements de population entre la RDC et le Burundi sont réguliers, notamment à travers le lac Tanganyika.
Les pêcheurs de Nyanza, un maillon vulnérable
Sur les différents sites de pêche de la commune de Nyanza, certains pêcheurs affirment ne pas avoir été suffisamment sensibilisés aux risques liés à Ebola.
Ils reconnaissent pourtant être régulièrement en contact, sur les eaux du lac, avec des pêcheurs venus de la République démocratique du Congo. Certains se rendent eux-mêmes sur des sites de pêche situés du côté congolais avant de revenir au Burundi.
Ils demandent donc des séances de sensibilisation et surtout la mise en place d’un dispositif permettant de bénéficier d’une évaluation sanitaire à leur retour.
Pour eux, l’objectif est d’éviter qu’une personne éventuellement exposée au virus ne regagne directement son domicile et entre en contact avec sa famille ou d’autres membres de la communauté.
La pénurie d’eau complique davantage la prévention
À cette vulnérabilité liée aux mouvements transfrontaliers s’ajoute la pénurie d’eau observée dans certaines localités.
Le manque d’eau ne constitue pas en lui-même un mode de transmission d’Ebola, mais il peut compliquer certaines mesures essentielles de prévention et de contrôle des infections, notamment l’hygiène des mains, le nettoyage des équipements et les conditions sanitaires dans les structures de soins.
Dans les communautés où l’accès à l’eau est déjà difficile, une éventuelle alerte épidémique pourrait donc accentuer les difficultés auxquelles sont confrontées les populations et les services de santé.
Les professionnels insistent ainsi sur la nécessité d’anticiper également les besoins en eau, en équipements de protection, en moyens de transport et en personnel formé.
Les autorités appelées à renforcer les contrôles
Le médecin Jérôme Niyongabo appelle les responsables de la police et de l’Office burundais des recettes, l’OBR, à renforcer le contrôle des voyageurs en provenance de la RDC, y compris pendant la nuit.
Il affirme que certains voyageurs arrivants tardivement peuvent rencontrer des difficultés pour faire contrôler leurs documents et seraient parfois contraints de passer la nuit dans les bateaux.
Les autorités administratives des communes frontalières sont également appelées à sensibiliser la population et à signaler les personnes arrivant de la RDC afin qu’elles puissent être orientées vers les dispositifs sanitaires appropriés.
« Ne pas attendre le premier cas »
Pour les professionnels de santé, l’enjeu est désormais d’anticiper plutôt que de réagir après l’apparition d’un premier cas.La combinaison de plusieurs facteurs — proximité avec la RDC, mouvements lacustres, insuffisance du dispositif de prise en charge, éloignement du centre de Mudubugu, manque de sensibilisation et pénurie d’eau dans certaines zones — constitue, selon eux, une vulnérabilité qui nécessite des mesures préventives renforcées.
À Nyanza comme à Rumonge et dans les autres zones frontalières, la prévention devra donc être renforcée au plus près des communautés.
Car pour les professionnels de santé, un centre unique, éloigné des principaux points à risque, ne saurait à lui seul constituer une réponse suffisante face à une éventuelle propagation d’Ebola.BURUNGA_SANTE Entre risque d’Ebola, circulation sur le Lac Tanganyika et pénurie d’eau, les autorités sanitaires tirent une sonnette d’alarme





