KURUNDO : Des prélèvements financiers imposés à la population pour appuyer les forces positionnées à la frontière avec le Rwanda

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Une collecte financière controversée dans la nouvelle commune de Kirundo

Depuis le début de la semaine du 5.1.2026,une opération de collecte d’argent est en cours dans la commune élargie de Kirundo, province Butanyerera située au nord du Burundi. D’après plusieurs témoignages concordants recueillis sur place, cette contribution est destinée à soutenir les unités militaires récemment déployées en renfort ainsi que les Imbonerakure, la ligue des jeunes du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, présents le long de la frontière burundo-rwandaise.
Cette campagne concerne l’ensemble des anciennes communes de Kirundo, Vumbi, Bugabira et Ntega, aujourd’hui regroupées au sein de la commune élargie. Elle cible notamment les commerçants, mais aussi certains agents de l’État.

Des collectes organisées par les structures locales du CNDD-FDD

Selon les informations recueillies auprès de la population, ce sont des responsables locaux du parti CNDD-FDD qui supervisent les recouvrements, épaulés par des groupes d’Imbonerakure provenant aussi bien du centre urbain de Kirundo que des collines environnantes.
« Ils passent systématiquement de porte en porte, dans les maisons comme dans les boutiques, et nous expliquent que la contribution n’est pas facultative », témoigne un commerçant du centre-ville sous anonymat.
Un autre habitant précise : « Ce ne sont pas les autorités communales qui collectent l’argent, mais des cadres du parti accompagnés des Imbonerakure ».

Des sommes exigées selon le statut social et professionne

Les montants réclamés diffèrent selon les personnes concernées. D’après plusieurs sources locales, les sommes exigées varient entre 10 000Fbu et 250000Fbu, voire plus, pour les commerçants et certains fonctionnaires.
Les détenteurs de décrets ou d’ordonnances présidentielles seraient parmi les plus sollicités.
« Si tu occupes un poste par décret, on t’impose des montants très élevés, parfois des centaines de milliers, voire des millions sans possibilité de négociation », confie un fonctionnaire de la région.

Aucune preuve de paiement et une forte inquiétude parmi les habitants

L’absence de reçus de paiement constitue l’un des principaux motifs de frustration et d’inquiétude. Plusieurs personnes affirment avoir remis de l’argent sans recevoir le moindre document attestant leur paiement. «L’argent est remis directement, sans reçu. Rien ne garantit qu’on ne nous redemandera pas de payer plus tard », déplore un commerçant interrogé.
Cette situation alimente un sentiment d’insécurité, d’autant plus que des pressions et des menaces seraient exercées contre ceux qui hésitent ou refusent de s’exécuter.

Des menaces de blocage des services administratifs

Des habitants rapportent que les personnes qui ne s’acquittent pas rapidement de la contribution risquent de se voir refuser l’accès à certains services administratifs.
« On nous avertit clairement que sans paiement, aucun document ne sera délivré au niveau communal ou zonal », explique un résident de l’ancienne commune de Vumbi.
Ces menaces renforcent un climat de peur et poussent de nombreux citoyens à payer malgré leurs difficultés financières.

Déploiement accru de forces dans la réserve de Murehe

Dans le même temps, des sources locales signalent une présence accrue de militaires et d’Imbonerakure dans la réserve naturelle de Murehe, située en commune Busoni. Cette zone forestière, qui s’étend jusqu’à la frontière avec le Rwanda, serait devenue un point stratégique pour le déploiement de ces forces.
Des habitants affirment observer régulièrement des mouvements de groupes armés à l’intérieur et autour de la réserve, ce qui alimente les inquiétudes sécuritaires dans cette région frontalière.

Une population qui réclame des explications

Face à cette situation, de nombreux habitants de la commune élargie de Kirundo demandent davantage de clarté sur le fondement légal de cette contribution ainsi que sur la destination réelle des fonds collectés.
Jusqu’à présent, aucune prise de position officielle n’a été rendue publique par les autorités administratives.

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